#134 Nos Éclats de Miroir de Florence Hinckel

Titre : Nos Éclats de Miroir

Auteur : Florence Hinckel

Éditeur : Nathan

Format : Broché

Prix : 14€95

Pages : 170

Sortie le 17 janvier 2019

Autres livres chroniqués, de la même auteure : #Bleue et Théa pour l’éternité

Merci aux éditions Nathan pour m’avoir permis de découvrir les réponses que Kitty auraient pu donner à Anne Franck

« J’écris tout le temps. Même quand je n’écris pas pour de vrai, j’écris tout de même dans ma tête. Je forme des phrases que je destine à être couchées sur le papier. Au bout du compte, elles le sont rarement, parce que je les oublie. Ma pensée serait une forme d’écriture très éphémère. »


Résumé :

« Je m’appelle Cléo, et j’aurai bientôt 15 ans, 1 mois et 20 jours. Cette date est importante pour moi, car c’est à cet âge-là que tu es morte, ma chère Anne Frank. Tu es mon écrivaine préférée ! Alors j’ai décidé de m’adresser à toi dans ce nouveau carnet. Je vais te raconter ce qui m’interroge, me fait rire ou me bouleverse. Toutes ces choses que je n’oserais jamais dire à voix haute : le voile devant les yeux de ma mère ; ma meilleure et parfois cruelle amie Bérénice ; ma grande soeur, si forte et déterminée ; Dimitri, mon amour d’enfance perdu de vue ; la complexité du monde. Mais aussi mon reflet, si mouvant qu’il m’échappe… ou parfois se brise.
Je vais te parler de nos éclats de miroirs.
Les tiens, les miens, les leurs. »

« Je pense parfois que je suis ta sœur de flamme. Je sais que c’est présomptueux, mais je n’y peux rien. Je sens en regardant ton portrait la même flamme en toi que celle qui me pousse à écrire. »


Mon avis :

Cléo a bientôt 15 ans, et écrit un nouveau journal qu’elle a décidée de destinée à Anne Franck en répondant à son journal qu’elle destinait à son amie imaginaire Kitty, qui n’a jamais pu lui répondre. Cléo n’a pas une vie aussi trépidante, elle ne subit pas le quart des malheurs qu’à pu subir Anne dans les années 1940. Cléo a perdue son père quand elle avait 4 ans, on ne peut pas dire qu’il lui manque parce qu’elle ne se rappelle pas l’avoir connue. Mais ce qui lui manque c’est l’absence. L’absence d’un père. L’absence d’une mère vraiment présente pour elle et sa sœur de 17 ans. Avec le temps, Mélodie, sa sœur, et elle se sont éloignés. Elles ne font plus de cabane sous les draps et ne partagent plus qu’une chambre. On apprend très vite que Cléo est une jeune fille qui se laisse un peu trop marcher dessus, préférant s’écarter plutôt que de déclencher un conflit pour des choses futiles alors qu’il a pu exister des choses bien plus affreuses dans le monde. Alors pour s’exprimer elle n’a qu’un défouloir : les mots à travers l’écriture de son journal. Sauf qu’à 15 ans, 1 mois et 20 jours elle sera plus vieille que Anne Franck qui aurait sûrement voulu continuer à écrire elle, mais qui en a été empêchée par le Typhus, alors quelle légitimité Cléo aurait-elle de continuer au delà ?

« De plus en plus, je vois le monde comme un grand océan dans lequel je m’adapte aux courants. J’avance par de petits mouvements de brasse, ou par de plus grands mouvements de crawl, et, de temps en temps, je perçois l’onde créée par quelqu’un d’autre. Les mouvements de mon corps épousent cette onde, tout doucement, pour ne pas la modifier, et je continue mon chemin. »

J’ai beaucoup appréciée la manière dont est tournée ce journal. Tout d’abord on sent bien que ce n’est pas une véritable jeune fille de 14 ans qui écrit, les mots sont bien plus joliment formulée, les phrases touchent en pleins cœur. On sent tout de suite que c’est important pour le personnage de s’adresser à Anne Franck et pas à la dernière star du moment. Il y a un besoin de réponses, de terminer une boucle, de s’exprimer face à quelqu’un qui nous ressemble, malgré les années qui les séparent, leurs vies différentes… Cléo a des choses à dire, un combat à mener, et la seule personne qui peut la comprendre ce n’est pas la dernière chanteuse en vogue, c’est quelqu’un qui a connu des atrocités tout en s’accrochant à son journal, à coucher son ressentis sur papier pour continuer à être elle-même. Ce besoin d’écrire on le ressent dans le journal de Cléo.

« Je me laisse encore souvent prendre au jeu du miroir et je crois que ses pensées reflètent celles de tous les autres. »

J’ai tout particulièrement appréciée les rapports à Anne Franck, les rappels de sa vie, les citations de son journal, le développement sur le marronnier, et les liens que Cléo fait avec sa propre vie.
Après j’ai un peu moins appréciée le retour à la réalité. Trouvant que Cléo se laisse beaucoup trop marcher dessus (du point de vue d’un fort caractère comme le miens), j’ai trouvée les actions de sa mère assez hors du commun, préférant fuir plutôt que de se reprendre en main, malgré toutes les années passés. Et le pire c’est que c’est ses deux filles qui s’occupent de l’excuser au près du travail, qui la motive.
Autre personnage qui m’a posée problème : Bérénice, la meilleure amie de Cléo. Que j’ai trouvée assez particulière dans sa manière d’être, et de se comporter comme quelqu’un de supérieure. Mais en soi il existe des personnes comme ça, alors ce que j’ai trouvée encore pire c’est que Cléo se rend compte qu’elle l’a rabaisse, que quand il y a un garçon elle n’existe plus, qu’elle critique tout le monde. Mais elle ne dit rien et hoche même la tête à ses dires dans une sorte de soumission totale. Ça m’a un peu révoltée cet assentiment constant.
Après tout ces reproches ne sont pas adressés à l’auteure, mais à ses personnages. Elle les a très bien mis en place, toutes les actions et réactions nous sont expliqués les rendant plus compréhensibles (mais pas plus appréciable de mon point de vue).
J’ajoute même une mention spéciale pour l’explication du titre grâce aux œuvres en éclats de miroir de la mère de Cléo, faisant aussi référence à la révélation qu’il s’est passé en elle quand elle s’est véritablement regardée dans un miroir pour la première fois et qu’elle a compris qu’elle n’était plus la fillette qu’elle croyait être. Chose qui a sûrement était expérimentée par d’autres je pense. Mais ce reflet dans le miroir n’est pas seulement son reflet physique, il est bien plus intime et en révèle plus sur son histoire et ses sentiments…
J’ai donc adorée retrouver l’écriture de Florence Hinckel, dans un livre étant moins une critique de la société par des inventions aux allures futuristes mais actuelles, mais bien plus sensible et attachant. Le personnage de Cléo a ses bizarrerie dans ses réactions mais le fait que l’auteur parvienne à nous expliquer toutes celles-ci (en pourtant si peu de pages), nous empêchent de les critiquer réellement. Alors un grand merci à elle pour ce très beau roman !

« Un jour de ma vie, peut-être que dans mon pays on décidera que ma couleur de peau, ou de cheveux ou de d’yeux, n’est pas acceptable. Ou alors on condamnera ma façon de parler. Ma façon de penser. Ou encore d’écrire. Ce que je lis. Ce en quoi je crois. Ou ne crois pas. Ma démarche ? Mon prénom. Mon nom. Le nombre de mes dents. Leur emplacement. La mesure de l’espacement entre mes deux yeux. Entre mon nez et ma bouche. D’une oreille à l’autre. Ma taille. Mon poids. Qui j’ai aimé. Qui j’aime. Qui je ne dois plus aimer. Où j’ai vécu. Ce qui se trouve dans ma poubelle. Les sites Internet que j’ai visités. Ce que je possède. Ce que je ne possède pas. Le lieu où je suis née. La date. La saison. L’heure. L’empreinte de mes doigts. Des orteils. Ma séquence ADN…

Cela peut arriver. Même si les fleurs de maman, ici, continue à fleurir, à chatoyer, cela peut arriver. La seule chose à laquelle je puisse veiller, c’est de ne pas être parmi ceux qui décideront cela, ou qui obéiront à cela. »


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